2 décembre 2023, la Cour d’assises spéciale de Paris rend son verdict : 24 ans de réclusion criminelle pour Clément Baur, 28 pour son associé Mahiédine Merabet – tous deux condamnés pour association de malfaiteurs terroriste. Deux ans plus tard, après avoir fait appel, les deux accusés font leur retour à la barre.
Une Cour d’assises spécialement composée pour le procès
Nous sommes le 1er octobre 2025, il est 10h. La Cour se lève dans la salle Myriam Ezratty du Palais de Justice de Paris. Une Cour d’assises spécialement composée de six magistrats assesseurs, trois avocats généraux, deux huissiers de justice et un greffier. Au milieu de la salle d’audience, deux avocats des Parties Civiles sont venus représenter l’Association française des victimes du terrorisme (AFVT) et la Fédération nationale des victimes d’attentats et d’accidents collectifs (FENVAC). Près du box des accusés, deux avocats accompagnent Mahiédine Merabet, un seul assiste Clément Baur. Spécialement convoqué pour l’occasion, un enquêteur de la DGSE en charge de l’affaire prend la parole en visioconférence – sous couvert d’anonymat.
Une propagande islamiste diffusée dans plus de 30 langues
Pendant près de deux heures, l’agent de la Sécurité extérieure présente aux magistrats une analyse détaillée du cadre global qui entoure l’affaire : des origines du terrorisme au Moyen-Orient au développement du djihadisme en Occident entre 2000 et 2010, en passant par ses fondements idéologiques et l’implantation des cellules opérant en Europe. L’axe central de l’idéologie islamiste : une volonté excessive de contrôle politique, implantée dans le monde entiergrâce à un système de propagande plus accessible que jamais – désormais diffusée dans plus de 30 langues. Depuis l’attaque de Charlie Hebdo et de l’hyper-cacher en janvier 2015, les projets et passages à l’acte de l’Etat islamique (EI) en Europe ne font que s’accélérer : Daesh revendique un total de 10 attentats entre janvier 2015 et décembre 2016.
Explosifs artisanaux, munitions et traces
Un processus dans lequel les deux prévenus se sont particulièrement investis. Le 18 avril 2017 – cinq jours avant le premier tour des présidentielles françaises – Clément Baur et Mahiédine Merabet sont interpellés à Marseille : sur Telegram, ils envoient – quelques jours avant – une vidéo de revendication d’un futur passage à l’acte, vidéo adressée à un contact qui était en réalité…un agent cyber-infiltré de la DGSI. Dans leur appartement, plusieurs kilos d’explosifs artisanaux, des munitions, divers outils, et des traces de recherches de cibles – tels que des meetings politiques, des lieux publics, mais aussi des restaurants casher. Lors de leur procès en 2023, Clément Baur et Mahiédine Merabet – qui s’étaient rencontrés lors de leurs détentions mutuelles 8 ans auparavant – nient avoir voulu commettre un attentat meurtrier, et disent avoir envisagé une opération médiatique.
« Je condamne ce genre d’acte »
12h10, les avocats de la défense viennent de prendre la parole. Le Président de la Cour demande aux prévenus de s’exprimer à leur tour. Clément Baur – quasiment allongé dans le box des accusés – dit ne rien avoir à ajouter. Mahiédine Merabet laisse la Cour stupéfaite : « J’ai honte d’être associé à cet univers-là. Je condamne ce genre d’acte, de démarche et d’idéologie ». 12h24. Le Président de la Cour annonce la suspension de la séance.
Lou Gomis
