Directement causée par les activités humaines, l’acidification des océans est un phénomène hautement nuisible pour les écosystèmes marins et la chaîne alimentaire marine. La septième« limite planétaire »sur neuf est désormais franchie : un seuil qui alarme.
Un nouvel avertissement sur l’état de notre planète. Pour la première fois, le taux d’acidification des océans a franchi un seuil critique : c’est la conclusion centrale du rapport Planetary Health Check sur les limites planétaires, publié ce mercredi 24 septembre par l’Institut de Potsdam (PIK).
Depuis 2009, plusieurs scientifiques spécialistes du système Terre définissent des limites concernant les processus planétaires, sous peine de déstabiliser l’ensemble du système de manière définitive. Une fois ces seuils dépassés, l’humanité risque de compromettre les conditions favorables à son développement et au bien-être de son écosystème sur le long terme.
7 limites sur 9 déjà franchies
En 2023, six de ces limites étaient déjà considérées comme dépassées : le changement climatique, l’intégrité de la biosphère, les modifications de l’occupation des sols, l’utilisation de l’eau douce, la perturbation des cycles biochimiques de l’azote et du phosphore, et l’introduction de nouvelles entités dans l’environnement favorisant la pollution.
Après le rapport sur le cycle de l’eau bleue en 2023, qui avait déterminé le franchissement de la sixième limite planétaire, c’est désormais la question de l’acidification des océans qui inquiète la communauté scientifique.
L’acidité de l’eau a augmenté de 30 à 40%
L’océan possède la prestigieuse capacité d’absorber jusque 30% du CO2 présent dans l’atmosphère, et constitue ainsi un puits de carbone essentiel pour l’humanité. Cependant, une fois ce CO2 dissout dans l’eau, une réaction chimique se produit et augmente son acidité.
Ce phénomène, qui consiste en la diminution progressive du pH des océans, s’avère aussi préoccupant car il relève directement des activités humaines : plus les émissions de gaz à effets de serre augmentent, plus l’eau de mer voit son pH diminuer.
L’acidité de l’eau à la surface des océans a augmenté de 30 à 40% depuis l’ère préindustrielle, alertent notamment les auteurs du rapport.
Une menace climatique aux fortes répercussions
Un processus extrêmement dangereux puisqu’il présente, à terme, d’importantes conséquences sur l’ensemble de l’écosystème aquatique : s’il menace une grande partie des espèces et des récifs coralliens, il met également en péril toute la chaîne alimentaire marine. En effet, ce taux d’acidité perturbe la reproduction, la croissance et les fonctions métaboliques de nombreuses espèces, ce qui menace grandement leur survie et, par conséquent, celle des animaux qui s’en nourrissent.
Selon Fabrice Pernet, biologiste marin à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), il est difficile de déterminer jusqu’à quel point cette acidification croissante menace la survie des écosystèmes marins :
« Les organismes subissent de très nombreux facteurs de stress simultanés : l’acidification, le réchauffement de l’eau, sa désoxygénation, la présence de pesticides et de polluants multiples. L’acidification fragilise les espèces, mais on a du mal à isoler un seul facteur ».
Une menace climatique qui pourrait également avoir des effets directs sur l’homme, notamment en termes de sécurité alimentaire : la régression et, dans certains cas, la disparition des espèces marines consommées par l’humain pourraient in fine menacer l’accès, la disponibilité, la qualité et la stabilité des denrées alimentaires dans le monde.
